Le travail qui va être présenté, a été réalisé avec Michel ARNAUD, Ingénieur à l’E.D.E. du Gers, Responsable du suivi du réseau E.B.D. Bovins viande du Gers et des Hautes-Pyrénées.
A partir d’un exemple d’utilisation des prairies en piémont pyrénéen, nous allons montrer les règles qu’un éleveur s’est fixé pour atteindre un objectif de production.
Les contraintes physiques de l’exploitation sont marquées notamment pour le bâtiment, qui est une stabulation entravée avec très peu d’espace autour. Coincé par les bâtiments d’un voisin d’un côté, par une très forte pente d’un autre côté et par du foncier non maîtrisable ailleurs, il ne peut s’agrandir.
Le parcellaire est difficile ; les 48 ha de prairies permanentes sont distribués en 5 groupes inégaux et les surfaces fauchables sont réduites à 14 ha (+ 2 ha éventuellement en "poussant un peu dans les pentes").
Les 5 ha cultivables, en fond de vallée, sont éloignés de plusieurs kilomètres et consacrés aux cultures de maïs et de triticale et orge pour la paille.
Malgré les contraintes de relief et d’accessibilité, la S.F.P. a un bon potentiel pédo-climatique, avec un sol de bonne portance et une climatologie d’été favorable à la production d’herbe. (L’hivernage varie dans cette zone de 3 à 5 mois selon les pratiques).
Cette surface est utilisée par un troupeau de 33 vaches allaitantes de race Limousine et leur suite, 7 U.G.B. chevaux et quelques brebis.
Les 33 vaches donnent 33 veaux, avec des vêlages très groupés : 11 en janvier, 21 en février et 1 le 1er mars, pour 1995.
Les veaux sont vendus en broutards (15 mâles et 8 femelles) ou à 8 jours (2 mâles et 3 femelles). Un lot de 5 à 8 génisses est gardé pour le renouvellement.
Ce système d’élevage se caractérise par une parfaite maîtrise de la reproduction et la volonté de grouper les vêlages pour avoir les besoins animaux en début de printemps, pour tenir la lactation des mères et donc la croissance des veaux.
Cette maîtrise se vérifie par un intervalle vêlage - vêlage remarquable de 364 jours,
la date moyenne de vêlage étant le :
9 février en 1993
8 février en 1994
7 février en 1995
et le 10 février 1996 avec un vêlage tardif le 15 juin ayant conduit la vache à la réforme.
Le taux de productivité numérique est de 100 %.
Le chargement de 0,97 U.G.B./ha/an correspond, compte tenu des potentialités de la zone, à un système extensif, vérifié par les indices de nutrition des plantes :
de 61 en N, 75 en P et 94 en K pour les parcelles récoltées, et de 49 en N, 58 en P et 75 en K pour les parcelles pâturées.
Les fourrages stockés utilisés sont de 1,2 T par U.G.B. pour 90 jours d’hivernage, soit un peu plus de 13 kg de M.S./jour.
Un tel système, de dimension réduite, pour dégager un revenu doit impérativement avoir des charges limitées : le produit est de 270 000 F et le total des charges de 106 871 F.
Les charges directes des herbivores (frais véto, aliment) représentent 21 283 F
Les charges de la S.F.P. (frais d’ensilage, un peu d’engrais : N = 0, P = 24, K = 15 en moyenne, ficelle pour la presse) : 8 460 F - Et les charges pour les 5 ha de culture sont de 10 250 F, essentiellement semences, engrais, un peu de désherbant, récolte des céréales).
L’ensemble des charges variables ci-dessus sont de 40 000 F et les charges de structure sont de 66 878 F, ce qui laisse un E.B.E. de plus de 160 000 F, représentant plus de 60 % du produit brut.
Cet excédent est pratiquement du disponible puisque le montant de la dernière annuité de prêt s’élevait à 9 400 F.
L’utilisation des prairies par le troupeau principal est simple, pour limiter le travail.
La mise à l’herbe a lieu en 2 lots, impérativement avant le 20 mars pour le lot des vêlages précoces, de façon à obtenir une saillie fécondante après une reprise de poids.
Cette mise à l’herbe s’effectue à "flux tendu", sur une herbe courte (6 cm) avec un volume d’avance inférieur à 200 m3/vache.
Pour le deuxième lot, des vaches ayant vêlé plus tard donc moins fatiguées par la lactation, la mise à l’herbe a lieu entre le 1er avril comme ici et le 20 avril, maximum à ne pas dépasser pour la saillie.
Nous observons que les mises-bas s’autorégulent avec ce système puisque les intervalles vêlage - vêlage, après une mise-bas tardive, sont de 340 jours (vêlages après le 15.02) alors qu’ils sont de 385 jours pour des vêlages avant le 25 janvier. Cela n’est pas compliqué, mais la période de mise à l’herbe qui doit permettre la reprise de poids puis la saillie fécondante des vaches a pour le 1er lot une date quasiment fixe.
Si, comme en 1994, le départ de la végétation est un peu plus tardif, on utilise une parcelle un peu plus précoce, habituellement ensilée (11 cm de hauteur d ?herbe contre 6 pour les autres en 1996).
Par rapport à ce qui a été dit précédemment, on débute la saison par une période à "flux tendu ", avec une herbe de qualité et 110 m3 d’avance seulement. Fin avril, quand les besoins élevés sont passés et les vaches retapées, on a un système plus sécuritaire assurant néanmoins encore une alimentation de bonne qualité avec 400 m3 d’avance.
Par la suite, on mobilise au 15 mai des surfaces différentes qui n’ont pas été touchées jusque là et qui assurent une bonne sécurité (la sécheresse n’est pas partout tout le temps).
En fin d’été, lorsque les surfaces des pentes ont été rabattues, d’abord en triant dans la végétation puis à mesure que la saison avance en gérant davantage l’herbe, on agrandit aux surfaces de fauches à partir du début octobre, en même temps que le troupeau voit ses besoins diminuer du fait de la vente des broutards. L’objectif est alors de rester dehors le plus longtemps possible, pour limiter le travail de distribution dans le bâtiment.
Nous avons vu les régulations tactiques ; les régulations annuelles possibles sont :
le choix de la parcelle de mise à l’herbe,
l’intervention possible de troupeaux "nettoyeurs" dans les zones non tractables,
le choix de la date de coupe principale.
Le report interannuel d’un excédent éventuel de foin permet de sécuriser le système qui marche bien, de façon simple et efficace mais ne supporterait pas de dérapage des dates de vêlage. Tout est réglé sur le début de printemps et la diversité des années d’observation montre la bonne adéquation des régulations face aux aléas climatiques.