En quelques minutes on va vous présenter une application de deux outils de diagnostic décrits précédemment : les volumes de hauteur d’herbe et les indices de nutrition.
C’est une étude qui a été menée par un étudiant l’an dernier, Laurent LAVAL. L’objet était la comparaison de l’efficacité de différents troupeaux de vaches allaitantes.
Dans les constats économiques des années antérieures, on s’était rendu compte que les éleveurs de bovins allaitants dans le Ségala qui faisaient du veau d’Aveyron, rattrapaient au plan économique un avantage par des chargements annuels plus élevés que leurs collègues qui faisaient aussi des vaches allaitantes, mais avec une production de broutards.
Le gros différentiel économique venait du chargement et comme l’essentiel du chargement se faisait au printemps, on s’est posé la question de savoir pourquoi les gens qui font des veaux d’Aveyron, donc qui conduisent leurs vaches comme des laitières, par attente des veaux à la stabulation ou à l’étable, ont des chargements annuels plus élevés, parce qu’au printemps c’est plus élevé. Et pour ce faire, on avait choisi un certain nombre d’exploitations, qu’on avait choisi par groupe de 2 individus, dans des milieux tout à fait comparables du point de vue climatique et qui avaient des chargements de troupeau à peu près identiques. On en a retenu six pour expliquer cela. Donc, on a des couples d’exploitation : un éleveur de vaches allaitantes en veaux d’Aveyron et un éleveur de broutards, dans les mêmes conditions de nutrition azotée et de climat.
On s’est rendu compte que le chargement ne dépend pas tellement de la pousse de l’herbe, chez eux, puisqu’ils avaient des conditions à peu près identiques de pratique azotée et de climat. Mais que cela venait surtout de la conduite de l’herbe, certains récupérant une plus grande partie de l’herbe qui pousse et que cela se détermine par l’indicateur de volume d’avance disponible aux bestiaux au printemps.
Il y a juste les six couples d’exploitations, qui marchent deux par deux, et que l’on comparera tout le long.
Quand c’est les B c’est les broutards, quand c’est les V c’est les veaux d’Aveyron.
Les 1(V1 et B1), ce sont deux voisins qui ont des chargements globaux assez élevés et ont aussi un niveau de fertilisation azotée assez fort qui utilise en moyenne 75 à 80 unités d’azote sur la prairie.
Les 2 (B1 et V2), c’est la même exploitation, mais l’éleveur, sur une partie de l’exploitation qui touche à la stabulation, met là-dessus des vaches Limousines en veaux d’Aveyron et les parcelles plus éloignées sont utilisées par une autre partie du troupeau en broutards. Ce sont les mêmes vaches mais partagées par la conduite et le produit. Il n’y a pas de différence de potentiel. C’est un éleveur qui n’utilise pas d’azote mais qui utilise beaucoup de légumineuses, beaucoup de trèfle blanc. Ce qui fait que d’ailleurs, il a des indices - on verra tout à l’heure - assez convenables, et un chargement annuel tout à fait comparable à des copains qui, eux, travaillent avec l’azote de synthèse.
Les B3 et V3, ce sont deux voisins de même milieu : un en broutard, un en veau d’Aveyron. L’ensemble des résultats, on va les voir sur le transparent suivant.

C’est un graphe de synthèse. On commence maintenant à avoir l’habitude. En bas, ce sont les indices de nutrition qui vont de 60 à presque 100, et en verticale, c’est le chargement au printemps, exprimé en équivalent-vache par hectare.
Les trois droites parallèles, ce sont les courbes de volume que Michel DURU vient de présenter. Les gens qui utilisent les bas volumes avec de l’herbe plus rase et de meilleure qualité, à 200 m3 et, en face, des agriculteurs qui utilisent des grands volumes soit parce qu’ils le souhaitent mais c’est plutôt parce qu’ils le subissent et donc les points sont dispersés dans un graphique qui est un outil de diagnostic en fait, a posteriori.
Alors, qu’est-ce-qui se passe. On va les prendre deux à deux. On va prendre le V1 et B1 (points noirs) : V1 est producteur de veaux d’Aveyron et B1 est producteur de broutards. Tous les deux fertilisent de la même manière. Tous les deux ont le même rendement puisqu’ils ont un indice de nutrition azotée tout à fait comparable de 80. Mais ils n’ont pas du tout le même chargement, qui va de 2,5 à plus de cinq, au double. Cette différence est liée uniquement à la façon d’exploiter l’herbe.
Ils ont le même disponible, mais il y en a un qui gère cela finement, au quotidien et avec peu de volume, et l’autre qui a des surfaces fertilisées abondamment, qui cherche beaucoup de sécurité, trop sans doute, et qui gaspille de l’herbe. Là, chargement donc du simple au double. On reprend les points bleus (V2 et B2), c’est pratiquement pareil, la fertilisation est identique, il n’y a pas d’azote. C’est le trèfle blanc qui fait le fournisseur d’azote et là aussi dans la même exploitation, le troupeau de veaux d’Aveyron qui rentre tous les jours à l’étable et est conduit finement avec des bas volumes, et le troupeau de broutards, avec une conduite un peu moins exigeante, des parcelles un peu plus éloignées. On change les vaches une fois par semaine. Il y a une différence non plus du simple au double, mais elle est de 3,5 à 5, c’est-à-dire qu’il y a 1,5 UGB d’écart. En l’occurrence, là, après avoir discuté avec l’agriculteur, c’est quelque chose de voulu, par simplification il ne cherche pas à améliorer le chargement du troupeau B2.
Le couple B3 V3 (points rouges), ce sont deux voisins qui ont les mêmes techniques de production et la même façon d’exploiter de l’herbe pour les 2. Ce qui montre quand même au passage, même si ce n’est pas l’objet de la manoeuvre, c’est que avec des broutards en conduite fine, on arrive à être aussi efficace qu’avec des systèmes de veaux d’Aveyron. L’outil nous montre aussi surtout une très grande marge de progrès pour le B1, qui est quelqu’un qui ne pouvait pas augmenter son troupeau à cause de la pente, mais il y a quand même beaucoup trop de sécurité et de risque pour la végétation avec les moyens donnés et donc l’axe de travail qui lui restait, c’était de diminuer la fertilisation azotée pour baisser la production d’herbe et baisser un peu le volume d’herbe offert pour se rapprocher de l’axe des 400 m3. Il aura au moins économisé un peu d’azote. Le V1 est à flux tendu, donc on ne peut pas bouger grand chose chez lui. Le B2, on pourrait imaginer le faire monter plus haut mais, pour des questions de travail, il ne souhaite pas bouger et donc c’est tout à fait respectable. Le B3 et le V3 sont tout à fait bien positionnés.
Cette grille, en fait, elle permet assez facilement, a postériori certes, mais elle permet de bien situer les marges de progrès qu’il y a chez l’agriculteur. Est-ce-que c’est vers la pratique de la fertilisation ou est-ce-que c’est vers le taux d ?utilisation.
Personnellement, je trouve très intéressant qu’en très peu de temps on arrive avec quelques mesures et peu de frais, mais pas beaucoup à si bien situer les marges de progrès possibles dans un élevage. Et là c’est un exemple vraiment démonstratif d’une façon de raccourcir la distance entre les données de recherche et l’application sur le terrain.
Cette année, on a entrepris le même travail sur les bovins-lait, pour convaincre nos acteurs de terrain de l’utilisation de ces outils.