En l’espace de quinze ans, les installations ont diminué de plus de moitié en Midi-Pyrénées. A titre d’exemple, les installations aidées (3 installations sur 4) sont passées de plus de 1200 par an à moins de 600, depuis les années 2000.
Moins de vocations, peu de terres
Les raisons sont en partie démographiques :
comme pour le reste de la population, la natalité a chuté dans les familles d’agriculteurs, or l’installation concerne dans neuf cas sur dix les enfants d’agriculteurs ;
les départs en retraite des exploitants diminuent, libérant moins de terres.
De plus, les candidats à l’installation entrent en compétition, pour l’acquisition de foncier et l’obtention de droits à produire, avec les agriculteurs en place. Ces derniers cherchent à s’agrandir pour compenser la baisse de leur revenu : on estime que leurs besoins en foncier est équivalent aux surfaces libérées par les retraités.
Enfin, s’installer demande un important capital : 100 000 euros pour créer son poste de travail, 200 000 euros pour l’achat de foncier.
Un déficit d’image auprès des jeunes
Outre les causes démographiques et la pression foncière, le métier d’agriculteur jouit d’une faible attractivité auprès des jeunes : pénibilité du travail, isolement, contraintes horaires, aléas climatiques et économiques... le tout amplifié par les récentes crises très médiatisées (ESB, fièvre aphteuse, crise viticole, etc.). Or, peu d’agriculteurs communiquent positivement sur leur métier. Peu, également, savent accueillir les nouveaux arrivants, surtout ceux venus d’autres horizons professionnels.
Qui est le nouvel exploitant ?
C’est un jeune homme de 28 ans qui s’installe sur une surface moyenne de 39 hectares et, 6 fois sur 10, en société. Dans plus de 80 % des cas, il a suivi une formation de niveau Bac minimum. Toutefois, la profession se féminise : les femmes représentent plus du quart des jeunes installés. Enfin, le quart des installations aidées se fait hors du cadre familial.
Aujourd’hui, les installations passent plus souvent qu’autrefois par une expérience professionnelle extérieure au secteur. Ce phénomène concerne près de 40 % des agriculteurs qui s’installent sur des exploitations professionnelles. Toutefois, l’agriculture reste une affaire de famille : neuf fois sur dix les nouveaux exploitants demeurent apparentés à un agriculteur.
Trois profils d’installation se dégagent
Par tradition : c’est un jeune homme de moins de 25 ans. Fils ou neveu d’agriculteur, il a reçu une formation initiale agricole de niveau Bac et s’installe à la suite de ses études, soit dans le cadre d’un GAEC familial, soit individuellement sur l’exploitation cédée par le père qui prend sa retraite. Passionné par le métier depuis l’enfance, il n’a pas réellement envisagé d’autre choix. Il devra faire évoluer le GAEC familial et faire face à des conflits intergénérationnels. Il refuse la cohabitation familiale. Ses atouts : la connaissance du milieu, une succession bien préparée par le père.
Par choix : Il, ou elle, a entre 25 et 35 ans. Fils ou neveu d’agriculteur, il a reçu une formation initiale agricole de niveau BTS ou ingénieur. Il a quitté l’exploitation familiale pour exercer une autre profession (agricole ou non), en attente de la cessation d’activité de ses parents. Parfois, son « retour à la ferme » est motivé par l’absence de successeur pour ses parents ou le chômage. Passionné par le métier, il s’installe individuellement sans capitaux, diversifie les activités de l’exploitation et doit gérer cette succession. Son atout : il est jeune et dynamique.
Le retour à la terre : Il, ou elle, a entre 30 et 45 ans. Il a parfois suivi une formation professionnelle agricole par la voie adulte et parfois eu une expérience salariale dans le milieu agricole. Son « retour à la terre » est motivé par le désir de changer de vie. Il ne connaît pas le « milieu agricole » : les techniques de productions, les organisations professionnelles et doit de plus s’intégrer au « milieu local ». A ces difficultés potentielles viennent s’ajouter l’acquisition de foncier. Ses atouts : il possède un petit pécule et s’installe sur des productions de diversification.
Faciliter l’installation : les outils existent
La politique nationale de l’installation encourage l’installation de jeunes candidats dans le cadre de projets économiquement viables. Le dispositif comprend diverses aides (la dotation jeunes agriculteurs ou DJA, des prêts bonifiés), des avantages sociaux (exonération partielle de cotisations sociales) et fiscaux, un accès prioritaire aux droits à produire ou droits à aides, un accès prioritaire au foncier.
D’autres outils et aides nationales ou spécifiques à Midi-Pyrénées viennent compléter ce dispositif dans le cadre d’un programme régional (voir ci-contre). C’est une panoplie suffisante pour couvrir l’essentiel des besoins. Reste à impulser un nouvel élan pour instaurer un climat local propice aux installations.
Les leviers à actionner
Mieux former les jeunes d’aujourd’hui pour assurer la viabilité des installations futures, leur présenter de nouvelles activités (les utilisations non alimentaires, l’agritourisme, les marchés à terme par exemple) et les inciter à poursuivre leurs études jusqu’aux niveaux Ingénieur ou BTS, afin de développer leur capacité d’adaptation.
Inciter à la mobilisation locale tous les agriculteurs et leurs organisations afin d’intégrer les installés hors cadre familial.
Accompagner ceux qui ne rentrent pas dans les grandes filières de production organisées.
Faciliter l’accès au foncier en favorisant le fermage.
Un exemple : la valorisation des métiers de l’agriculture
Cette opération de communication réunit depuis 2002, les organisations agricoles de Midi-Pyrénées [1]. L’action consiste à faire témoigner un binôme agriculteur-salarié agricole auprès des élèves de l’enseignement agricole ainsi que de l’enseignement général, et des prescripteurs de l’orientation et de la formation. Chacun parle avec réalisme de son vécu, des évolutions du métier, de son autonomie dans les prises de décision, de son statut de chef d’entreprise et de sa qualité de vie.
LE PRIT, Programme régional pour l’installation et la transmission en agriculture
Il se décline en un ensemble d’actions ciblées à destination des candidats à l’exploitation, des cédants et des propriétaires fonciers :
Des actions d’animation
. Mobiliser les acteurs locaux autour des Chartes locales pour l’installation
. Accueillir et accompagner les candidats à l’installation et les cédants
. Communiquer mieux et davantage sur le métier, l’installation, la transmission
. Encourager les projets innovants économes en foncier
Des actions individuelles
. aides aux candidats cédants
Les principaux outils d’aide à l’installation
Le Point info installation accueille et informe les candidats des différentes étapes de leur installation et les oriente vers les organismes compétents, selon l’état d’avancement du projet.
Le Répertoire départ-installation met en relation des cédants sans successeur avec des candidats à l’installation ne disposant pas d’exploitation familiale à reprendre ou des agriculteurs en recherche d’associés.
Le CEFI ou contrat emploi formation installation permet de préparer la transmission d’une exploitation par parrainage.
Le PRPI, Pôle régional de ressources sur les projets innovants économes en foncier favorise l’émergence et l’accompagnement de projets présentant un intérêt en terme d’emploi, de création de valeur ajoutée. Il met en relation des porteurs de projets innovants avec des exploitations ressources et s’appuie sur un réseau de conseillers spécialisés et une base de données de projets innovants.
Le PRIT, porté par les JA et les ADASEA de Midi-Pyrénées, est complété par des actions départementales et locales engagées par les collectivités territoriales et les organisations professionnelles.