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Le lait d’ânesse, un produit rare et noble intégré dans la fabrication de cosmétiques bio - novembre 2007
Premières productrices de lait d’ânesse bio-écologiques, Martine et Nathalie intègrent leur production de lait dans la fabrication de cosmétiques bio (savons, lait hydratant). Sur une exploitation de 25 hectares de prés et de bois, le cheptel est constitué de 16 ânesses et d’un étalon.

 

-  Pourquoi et comment avez-vous mis en place ce projet ?
Vivre avec les ânes était un rêve de petite fille. A 50 ans, j’ai laissé mon cabinet fiscal en Belgique et me suis installée agricultrice en plein cœur du Pays de Cocagne. Le moyen le plus doux pour l’animal et pour moi de vivre de cette passion était de produire du lait d’ânesse. Cette activité permettait également de répondre à mes envies de devenir acteur propre de la planète en confectionnant un produit bio qui respecte l’environnement et les animaux. Aujourd’hui, nous avons réussi ce pari après un parcours long et lent. Effectivement, trouver une exploitation, des sous traitants qui soient en adéquation avec notre éthique n’a pas était évident.

-  Comment se situe votre exploitation sur le marché, dans votre territoire ?
Notre activité concerne peu de producteurs en France. Bien que de nombreuses personnes se lancent dans cette production, il reste peu d’élus. La traite est délicate et contraignante : sa fréquence est de 4 à 6 fois par jour pour un rendement journalier de 1,5 à 2 litres par ânesse. Après la traite, le lait est filtré et congelé immédiatement pour être expédié à un savonnier et à un laboratoire dans un état frais. Le produit transformé est emballé puis vendu par les agricultrices. La gamme de produits est constituée de savons aux huiles essentielles de cèdre, de lavandin ou d’orange douce et d’un lait hydratant corps et visage. Pour être en totale adéquation avec leur philosophie, ces cosmétiques sont naturels et biologiques mais aussi exempts de tout produit de synthèse. Ceux-ci sont « haut de gamme » et nécessitent d’avoir de nombreux points de vente et sur un territoire étendu. Aujourd’hui, la vente de leurs cosmétiques se fait via des sites internet professionnels, des foires et des salons bio en France et en Belgique. Au terme de trois ans d’activité, Martine constate avec plaisir une fidélisation de la clientèle. Le plus difficile est de trouver les bons arguments de départ pour faire découvrir aux clients potentiels ce produit encore peu connu. Cette activité est complétée par une chambre d’hôtes et la vente des ânons d’un an.

-  Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait construire un projet similaire ?
L’activité de Martine et Nathalie demande d’être polyvalent (être un bon éleveur et avoir une âme de commercial). Parallèlement, la partie élevage demande beaucoup de disponibilité (notamment lors des périodes de traite) et le choix de vendre sur des foires nécessite des absences de plusieurs jours. C’est pourquoi, il paraît délicat de s’installer seul. Or, il faut pouvoir dégager un revenu suffisant pour chacun des associés. Aujourd’hui, bien que les deux agricultrices aimeraient vivre entièrement de leur passion, Nathalie continue d’exercer à mi-temps son métier de kinésithérapeute. Pour confectionner un produit de qualité, deux éléments sont primordiaux. Premièrement, l’âne est un mammifère monogastrique dont la qualité du lait dépend directement de la qualité de son alimentation, c’est pourquoi celle-ci doit être d’excellente qualité, aussi les agricultrices ont choisi de rentrer dans un cahier des charges Agriculture biologique certifié par Ecocert. Deuxièmement, être exigent avec soi-même certes, mais aussi avec ses partenaires ; l’étape de recherche des fabricants peut être longue, mais il est nécessaire de s’entourer de personnes qui peuvent s’engager à répondre à un cahier des charges établi.