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L’irrigation est-elle un facteur déterminant et/ou important de l’emploi dans l’agriculture ?

 

Analyse à partir de la situation apparente de 2000

La quasi-totalité des aides est proportionnelle aux quantités produites. Dans son principe, le système des aides ne distingue pas productions céréalières et productions herbivores : dans les deux cas, les aides directes sont proportionnelles aux capacités de production (hectares ou nombre de têtes). Il existe un différentiel entre les primes SCOP "ordinaires" et les primes SCOP "irriguées".

Conclusions à retenir :

-  L’emploi total (agriculture + aval + amont) par département n’est pas vraiment proportionnel à la surface départementale (SAU) Les différences de SAU entre départements n’expliquent que 16% des différences du nombre d’emplois entre départements. Globalement, en 2000, on "compte" 17 emplois pour 1000 ha de SAU. Mais dans le détail, le coefficient de proportionnalité est tout à fait aléatoire. Si on considère uniquement les emplois de production au niveau de l’exploitation : le coefficient de régression linéaire est quasiment nul.

-  L’emploi est tout à fait proportionnel à la production agricole (aux prix de base, c’est-à-dire comprenant les aides directement liées aux produits) :

Les chiffres d’affaires en produits animaux et en produits végétaux expliquent conjointement 74% des écarts dans les nombres d’emplois, entre départements. Mais le contenu en emplois est beaucoup moins important pour les productions animales que pour les productions végétales : il y a très peu de salariés, et le "plus" en UTA non salariés ne rattrape pas le "moins" en salariés.

  • en production végétale, 1 million d’euros de CA de plus dans le département X par rapport au département Y... "génère" 51 emplois (production + amont + aval) de plus (dans le département X par rapport au département Y) ;
  • en production animale : 1 million d’euros en plus de CA "génère" seulement 23 emplois de plus.

Deux effets apparemment contradictoires :

  • au niveau des exploitations agricoles, le poids des productions végétales dans l’emploi est plus important que celui des productions animales : 45 emplois (au niveau de l’exploitation) pour 1 million d’euros de production végétale en plus, contre "seulement" 13 emplois pour 1 million d’euros de production animale en plus.
  • à l’inverse, pour l’aval et l’amont, les départements "animaux" sont plus chargés en emplois que les départements "végétaux" : 11 emplois de plus en amont-aval de l’agriculture pour 1 million d’euros de production animale en plus, contre un coefficient de 6 emplois par million d’euros de production végétale supplémentaire.
  • au total, les productions végétales génèrent plus d’emploi que les productions animales : en zone de productions animales, il y a moins de salariés, et le "plus" en UTA non salariés ne rattrape pas le "moins" en salariés.

-  Les départements les plus chargés en emploi sont les départements où il y a des cultures permanentes :

  • arboriculture, vigne : 1000 ha de plus, "font" 600 emplois de plus - en comptant amont et aval.
  • secondairement , les départements qui se distinguent sont les départements riches en "cultures spéciales" = maraîchage, semences : 360 emplois de plus pour 1000 ha de cultures spéciales en plus - en comptant amont et aval.

Ces deux séries de coefficients ont été calculées "toutes choses étant égales par ailleurs" : en particulier, c’est à niveau équivalent de taux d’irrigation. Ce n’est pas très logique, puisque ces cultures nécessitent en général de l’irrigation. Mais nous avons été obligés de globaliser un effet "irrigation hors SCOP", sans distinguer "cultures pérennes irriguées", de "cultures spéciales irriguées", ou "cultures fourragères hors maïs irriguées".

-  L’élevage à partir de fourrages cultivés est "dense" en emplois :

Près de 160 emplois pour 1000 ha de cultures fourragères en plus, si on compte les emplois d’aval.

Par contre, le contenu en emplois des départements utilisant beaucoup de STH est bien plus faible : 3 à 4 fois moins (28 emplois supplémentaire pour 1000 ha de STH supplémentaires).

-  La SCOP génère un emploi beaucoup plus faible :

20 emplois pour 1000 ha de SCOP en sec, près de 110 emplois pour 1000 ha de SCOP irriguées. A l’intérieur de la SCOP, l’irrigation multiplie l’emploi par 5.

  • Toutes choses étant égales par ailleurs, la surface irriguée hors SCOP génère beaucoup d’emplois :

80 emplois de plus (par millier d’hectares d’irrigation en plus) entre deux départements qui seraient "strictement identiques" à tous points de vue : mêmes tailles, mêmes orientations de production, mêmes niveaux d’irrigation dans la SCOP, mêmes surfaces d’arboriculture ou de viticulture, mêmes surfaces de cultures spéciales,... mais surfaces irriguées supérieures (donc hors SCOP).

En résumé : Le "contenu" de l’irrigation en emplois était donc très fort en 2000.

a) Les cultures de SCOP irriguées "génèrent" 5 fois plus d’emplois que les SCOP en sec.

b) Les cultures permanentes ou spéciales irriguées "génèrent" 4 à 6 plus d’emplois que les surfaces en SCOP irriguées.

c) Pour ce qui concerne l’élevage : la "densité" en emplois des départements tournés vers l’élevage utilisant des cultures fourragères est environ 1.5 fois celle des zones à SCOP irriguées. Par contre, les zones utilisant de la STH ont la même "densité" (faible) que les zones de SCOP en sec.

Liaisons observées entre productions et emplois, selon les départements

Cultureannée 2000 (unité = ETP par millier d’ha suppl.)année 2000 (unité = SCOP sec)
irrigation hors SCOP824
arboriculture, viticulture59830
maraîchage, semences36318
Fourrages1568
STH281.4
SCOP irriguée1075.4
SCOP sec201

Analyse à partir de la situation apparente de 2006

En 2006, le nombre d’emplois familiaux a baissé de 15% par rapport à 2000. Mais le nombre d’emplois de salariés a augmenté de 2%. Le total des actifs (de production au niveau de l’exploitation) a "seulement" diminué de 10%. Le nombre total d’actifs sur l’agriculture plus son amont et aval direct n’a diminué que de 3%.

Les évolutions des surfaces des différentes catégories de productions ont été lentes, sauf pour les cultures spéciales (diminution de près de 7%). L’irrigation recule à peine : ce recul n’affecte que la SCOP irriguée (avec - 1.8%). On notera que l’ensemble de la SCOP recule, mais que ce sont surtout les productions céréalières en sec qui régressent le plus (avec -2.5%).

Evolutions observées entre 2000 et 2006, pour les départements étudiés

-  en terme de surface :

Cultureévolution des surfaces entre 2000et 2006
SAU des exploitations - 2.1%
superficie irriguée - 0.9%
arboriculture, viticulture - 2.6%
maraîchage, semences - 6.6%
cultures fourragères + 2.0%
Surfaces Toujours en Herbe - 3.1%
SCOP irriguée - 1.8%
SCOP sec - 2.5%

-  en terme d’emplois :

Emploisévolution du nombre d’ETP entre 2000 et 2006
main d’oeuvre familiale - 15.0%
salariés permanents + 2.1%
salariés saisonniers + 3.3%
emploi total (+amont+aval) - 2.8%

Les causes apparentes des différences entre zones sont les mêmes : les tendances sont inchangées. Quelques modifications sont visibles.

  • La taille des départements n’explique toujours rien.
  • La valeur de la production "aux prix de base" reste un bon "prédicteur" du niveau d’emploi (taux d’ "explication" = 70%), et les coefficients pour les spécialisations animale / végétale n’ont pratiquement pas changé.
  • Les départements les plus chargés en emploi sont toujours les départements où il y a des cultures permanentes. Les coefficients sont pratiquement inchangés.
  • Les départements d’élevage dans lesquels il y a le plus d’emplois sont surtout les départements tournés vers les cultures fourragères (le coefficient reste aux environs de 150 emplois par millier d’hectares de productions fourragères en 2006 ; alors que le contenu en emplois des zones tournées vers la STH diminue sérieusement : il passe à 19 emplois par millier d’hectares en 2006, contre 28 en 2000).
  • Les zones surtout tournées vers la SCOP sont d’autant plus concernées par la baisse du nombre d’emplois que la part en sec est prépondérante. Toutefois, les écarts entre les coefficients de 2006 et ceux de 2000 ne sont pas significatifs : dans les zones de SCOP irriguées, on est passé à 103 emplois par millier d’hectares (contre 107 en 2000), alors que dans les zones de SCOP en sec, on est passé à 22 emplois par millier d’hectares, contre 20 en 2000.

Malgré ces changements marginaux, les hiérarchies sont inchangées :

  • le coefficient en emploi des SCOP en sec est proche de celui de la STH,
  • celui des SCOP irriguées reste inférieur à celui des cultures fourragères : Au niveau de l’exploitation, en 2000, 1 hectare de SCOP irriguée représentait autant d’emplois que 5,4 hectares de SCOP en sec. En 2006, 1 ha de SCOP irriguée représentait autant d’emplois que 4,7 ha de SCOP en sec. Pour les deux années, il fallait environ 1.5 hectare de SCOP irriguée pour "générer" autant d’emplois que 1 hectare de cultures fourragères (en sec).

Il s’agit évidemment de coefficients apparents : la diminution des coefficients entre les deux années est due au recul du nombre d’Unité de Travail Annuelle Non Salariées (UTANS) ; à l’inverse les coefficients attachés aux nombres de salariés sont en augmentation.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’il fallait plus de salariés en 2006 pour conduire 1000 ha de SCOP irriguées, qu’il n’en fallait en 2000, et moins de personnes non salariées : mais "simplement" que les départements qui on subi la plus forte baisse de l’emploi non salarié (au niveau de l’exploitation) se distinguent aussi par leur plus forte proportion de SCOP irriguées (par rapport à ceux qui ont vu leur nombre d’UTANS diminuer moins vite)... et par une plus forte hausse de l’emploi salarié.

Mais chacune de ces distinctions entre départements est calculée "toutes choses étant égales par ailleurs" : mêmes places pour l’élevage, mêmes types d’affouragement, mêmes niveaux de cultures spéciales ou permanentes, même niveau d’irrigation hors SCOP. Or la baisse de la main d’oeuvre familiale est accélérée ou freinée selon les départements pour des raisons multiples, dont certaines tiennent à l’histoire, la sociologie, à l’emploi non agricole,... toutes choses qui ne sont pas mesurées dans ce modèle simplifié.

La modification majeure est surtout la part importante des emplois liés à des productions hors SCOP :

  • en 2000, cette part était relativement faible (quoique significative) : 80 emplois de plus pour 1000 hectares irrigués hors de la SCOP, et toutes choses étant égales par ailleurs.
  • en 2006, ce coefficient est "passé" à 190, mais n’est plus statistiquement significatif.

Une partie de l’efficacité apparente de l’irrigation en termes d’emplois était liée à des productions spéciales. La modification des aides fait apparaître de façon plus nette la liaison entre emplois et irrigation, par le jeu de besoins supplémentaires au niveau de la production et au niveau de l’aval.

Liaisons observées entre productions et emplois, selon les départements

Cultureannée 2006 (unité = ETP par millier d’ha suppl.)année 2006 (unité = SCOP sec)
irrigation hors SCOP 189 9
arboriculture, viticulture 566 26
maraîchage, semences 363 17
Fourrages 152 7
STH 19 1.0
SCOP irriguée 103 4.7
SCOP sec 22 1

La Méthode :

Nous avons choisi d’approcher cette question par l’intermédiaire de raisonnements statistiques qui s’appuieraient sur des données connues pour l’ensemble des départements français.

Nous nous appuyons donc sur les principales statistiques publiques disponibles en la matière. Nous avons utilisé des méthodes statistiques classiques et robustes, qui sont souvent considérées comme faiblement discriminantes (le risque de première espèce est souvent trop élevé : il arrive souvent qu’on ne puisse pas conclure que l’hypothèse "A" peut être vraie parce qu’on ne peut pas rejeter son opposée, l’hypothèse "non-A").

Les calculs ont montré un niveau de fiabilité suffisamment élevé pour que nous décidions de nous en tenir à ces premières hypothèses, Il nous faudra, par la suite confronter ces travaux avec d’autres, pour juger de l’intérêt de poursuivre nos réflexions avec d’autres outils.

Nous indiquons le détail des méthodes en annexe : elles reviennent à estimer, pour chaque département français quelle part de l’emploi agricole (au niveau de l’exploitation, et de son amont et aval directs) peut être "expliquée" par l’irrigation.

Le terme "explication" doit être entendu comme "statistiquement corrélé" : nous ne pouvons pas savoir avec ces méthodes si l’irrigation "explique" tel ou tel aspect de l’emploi, ou si l’emploi "explique" tel ou tel caractéristique de l’irrigation, ou si ces deux aspects des agricultures départementales sont "expliqués" par un troisième niveau (par exemple historique, ou sociologique, ... ou simplement climatique).



Sur le Web
Repères économique - Chambres d’agriculture