L’objectif de la fertilisation P et K est d’atteindre la production que se fixe l’éleveur. L’azote étant le moteur de la croissance, la fertilisation P et K devra permettre de valoriser l’azote apporté.
Comme Pierre CASTILLON vient de nous le montrer, on peut envisager deux grands types de prairies fertilisées :
des prairies où l’on recherche la production maximale (par exemple l’ensilage), l’alimentation en N, P et K sera alors non limitante ;
des prairies intermédiaires entre la recherche de la production maximale et l’absence de fertilisation. La fertilisation N, P et K sera alors réduite pour ces trois éléments minéraux, de façon plus ou moins équilibrée.
Avant d’aborder les conseils de fertilisation, il est intéressant de rappeler le rôle des engrais P et K.
Depuis une dizaine d’années, le raisonnement de la fumure de fond P et K a fortement évolué.
1. L’objectif est de nourrir la prairie et non pas d’enrichir le sol. Il n’y a plus de fumure de redressement.
2. La prairie est exigeante en P et K. et si on arrête la fertilisation, on peut rapidement avoir des chutes de production importantes.
3. Seuls, 10 % des engrais sont utilisés l’année où on les apporte.
4. L’engrais à "un effet starter" très important, chaque année, au démarrage de la végétation, pour permettre le développement de l’enracinement et ainsi mobiliser les réserves du sol.
Il est aussi conseillé d’apporter une fumure annuelle qui servira à mobiliser les réserves du sol, permettra de nourrir la plante, sans vouloir nécessairement enrichir le sol.
La fumure optimum
Plus d’une centaine d’essais sur prairie ont été réalisés en FRANCE, et dans le Sud-Ouest en particulier. Ils ont été synthétisés par Pierre CASTILLON de l’I.T.C.F.
Pour obtenir la production maximale, la fumure optimum varie entre 0 et 60 pour P205 et entre 0 et 160 pour K20.
60 P205 et 160 K20 correspondent donc à la fumure maximum de la plupart des prairies, même pour les rendements les plus élevés.
C’est ce que nous montre ces deux essais de Padies ou Le Bez, réalisés dans le Tarn, sur sols très pauvres.
Quel que soit le niveau de fumure azotée apportée, la fumure P et K maximum est toujours la même.
Les indices de nutrition
Ils peuvent permettre d’affiner les préconisations de fumure P et K dans la fourchette 0-60 P2O5 ou 0-160 k2O. Il nous ont été présentés ce matin par Michel DURU.
Les indices de nutrition permettent de vérifier si la fertilisation P et K répond bien aux objectifs de production.
Dans l’essai de Padiès, par exemple :
- nous comparons quatre niveaux de fertilisation P,
- on observe une bonne relation entre les indices de nutrition et les indices de production.
On distingue ainsi dans cet essai où le sol est très pauvre.
- P2O5 0 I.P. et rendement
- P2O5 30 I.P. et rendement
- P2O5 60 I.P. et rendement
- P2O5 120 I.P. et rendement
On observe donc une bonne relation entre l’indice I.P. et le niveau de production de la prairie.
Exemple d’utilisation des indices IP et IK
Dans ce même graphique, plusieurs systèmes de productions peuvent être représentés :
des prairies non fertilisées sur sol pauvre
P0-> rendements très faibles (40% du rendement potentiel) I.P. très faibles (autour de 40)
des prairies intermédiaires
P30-> rendements un peu réduits (70% du rendement potentiel) I.P. un peu faible (60 à 70)
des prairies avec une production maximum
P60-> rendement potentiel maximum I.P. normal (80 à 100)
parcelle de type ensilage où on cherche à récolter le maximum
des prairies surfertilisées
P120-> parcelle de type ensilage rendement maximum parcelle surfertilisée I.P. élevé (100-110)
le niveau de production est identique au cas précédent (P60)
Pour un diagnostic analyse de sol opérationnel
Les analyses de sols sont des outils classiques pour conduire la fertilisation des cultures.
En ce qui concerne les prairies, les analyses de sol traditionnelles ne sont pas ou peu discriminantes : P2O5 Dyer, Joret-Hébert, Olsen, K2O échangeable.
Aussi, la recherche expérimente de nouvelles méthodes d’analyses :
- P extrait à l’eau semble prometteur,
- K extrait à l’eau est encore à expérimenter.
La profondeur de prélèvement est un élément clé pour que l’analyse de sol soit performante. Les engrais étant apportés en surface, c’est la richesse de la couche de sol superficielle qui compte : 0 à 5 cm, matelas racinaire compris.
La période de prélèvement est aussi un élément important : le plus loin possible des apports d’engrais, le plus proche de la période sensible de la prairie (le démarrage de la végétation). Par exemple, à la fin de l’hiver, avant les apports de P et K.
Modalités d’apport
En ce qui concerne les modalités d’apport, il faut comparer la fumure P et K à une fumure starter :
- la fumure annuelle est la plus efficace,
- la fumure P et K sera apportée au moment où la prairie en a le plus besoin,
c’est-à-dire au démarrage de la prairie, pour développer son enracinement.
- les formes P solubles sont les plus efficaces,
- les phosphates naturels sont déconseillés car trop peu solubles.
Ces conseils sont d’autant plus important que le sol est pauvre, c’est-à-dire que son pouvoir alimentaire est faible et aussi que les engrais ont un rôle essentiel.