Je crois qu’il convient dans un premier temps de remercier pour leurs explications et les avancées qu’elles vont autoriser, Gérard BALENT et Michel DURU, et pour illustrer leurs propos, je souhaitais vous présenter un exemple de dynamique de la végétation suite à une fertilisation en P2O5 d’une prairie pauvre, et ce, durant six années consécutives.
Deux traitements :
- Témoins non fertilisés
- Apport de 120 kg de P2O5 par an.
Que se passe-t-il ?
Notre prairie de Type 4, situation de départ en 1985, se caractérise par :
- une végétation pauvre à base de fétuque rouge,
- une présence d’espèces dont la digestibilité des organes est faible (digestibilité comprise entre 65 et 70),
- une déficience prononcée dans l’alimentation en éléments minéraux N.P.K.,
- une biomasse récoltable faible 2,5 à 3,5 tonnes par hectare.
Cette situation reste inchangée si aucune fertilisation n’est apportée.
Par contre, que se passe-t-il lorsque nous réalisons durant plusieurs années un apport P2O5.
A très court terme, deux à trois ans, l’apport de fertilisation P2O5 se traduit par un augmentation de la biomasse récoltable en relation avec l’augmentation du niveau de nutrition en phosphore mais aussi en azote, sans pour autant que la composition botanique ait le temps de changer (changement de la fréquence et non de la nature des espèces).
La biomasse se situe alors pour une prairie du type T3 entre 4,5 et 7 tonnes par hectare (selon les apports d’azote).
La digestibilité est similaire à celle d’une prairie de type 4 avant l’épiaison, mais elle diminue plus rapidement par la suite du fait d’une plus grande proportion de tiges et de feuilles sénescente dans la biomasse récoltable.
Par contre, lorsque l’apport de fertilisation est maintenu, la composition botanique change de manière importante.
Aucune des espèces dominantes n’est alors commune avec la communauté prairiale d’origine.
Les niveaux de nutrition minérale sont peu ou pas limitants.
Les nouvelles espèces ont un développement supérieur à celui d’une prairie de type 4 ce qui contribue à augmenter de façon significative la biomasse qui évolue alors entre 7 et 9,5 tonnes par hectare.
La digestibilité est plus élevée avant l’épiaison (75 à 85) mais, et c’est important, une digestibilité qui diminue plus vite.
Ce transparent permet de situer les valeurs et évolution des indices de nutrition N et P.
On note une stabilité des états nutritionnels du traitement témoin, tant pour l’azote que pour le phosphore.
Par contre, suite à un apport de phosphore, le niveau de nutrition en P est non limitant dès la deuxième année d’apport.
On note en outre une augmentation progressive du niveau de nutrition en azote.
Nous venons de voir l’évolution des indices de nutrition de notre parcelle témoin, intéressons-nous maintenant à l’évolution de notre prairie de type T4 dans le référentiel floristique.
Nous constatons que, contrairement à l’augmentation rapide de l’état nutritionnel la progression sur l’axe fertilité du modèle de composition botanique est beaucoup plus lente.
C’est seulement en sixième année que la prairie fertilisée se rapproche de la situation caractéristique d’un équilibre entre les états nutritionnels de la prairie et la composition botanique.
Notre dernier transparent va caractériser la relation entre la production à l’épiaison et le niveau de nutrition azotée de la prairie fertilisée ou non fertilisée en phosphore.
Nous caractérisons sur l’axe des ordonnées le niveau de la biomasse en tonne par hectare, alors que sur l’axe des abcisses nous matérialisons le niveau de nutrition azotée.
Nous constatons que pour la parcelle non fertilisée l’IN évolue peu, 60 à 70 de 1986 à 1991. De même le niveau de production de la biomasse à l’épiaison est relativement constant : 2 tonnes de M.S. par hectare.
Par contre, les évolutions de l’IN et de la biomasse sur la parcelle qui reçoit du P2O5 sont très nettes.
En 1986, après le premier apport, l’IN est de 80 et le niveau de production avoisine les trois tonnes.
En 1991, après six ans de fertilisation, l’IN est de 100 et le niveau de biomasse est proche de quatre tonnes.