Laurent s’est installé en 2000 sur 21 ha dans le secteur de Cordes. Il produit des poires, des prunes Reine Claude, du raisin transformé en alcools, mais aussi de l’huile de tournesol, des céréales vendues en vrac ainsi que des plantes aromatiques prochainement transformées en huiles essentielles. Dans le Tarn, il ne restait que deux « bouilleurs de cru ambulants » proches de la retraite, dont son père. Pour que l’alambic ambulant continue, il fallait de l’audace et aussi un grain de folie !
Pourquoi et comment avez vous mis en place ce projet ?

Parce que je ne voulais pas que l’alambic devienne une belle pièce de collection dans un musée, j’ai eu l’idée de distiller des produits issus de mon verger (2 ha) et proposer également la distillation à des particuliers et professionnels avec un alambic fixe.
Nous avons mis au point la technique du « passerillage » qui consiste à laisser surmûrir les fruits, et nous avons déposé notre marque à l’INPI en 2002. Nous nous sommes spécialisés dans l’élaboration d’eaux de vie haut de gamme avec la Reine Claude dorée et la Poire Williams, nos 2 spécialités. Nous élaborons aussi divers apéritifs : vins de noix, de sureau, de myrtilles sauvages ainsi que différentes liqueurs.
Pour développer mon activité, j’ai pris de nombreux contacts, faits les déplacements sur Paris, du porte à porte auprès de restaurants prestigieux avec quelques fois comme seul contact un échantillon gratuit laissé au bon vouloir d’un grand sommelier...
Comment se situe votre exploitation sur le marché, dans votre territoire ?
Notre exploitation se situe dans un secteur touristique aux portes de Cordes, c’est d’ailleurs pour cette raison que nous venons de créer un caveau de vente qui compte sur nos propres productions distillées mais aussi sur des produits innovants de paysans ayant la même éthique que nous.
Nous avons d’ailleurs créé une association « A bisto de Nas » avec 7 vignerons des différents terroirs du sud-ouest. Elle nous permet de faire tourner des agents commerciaux avec des objectifs commun.
Depuis 2 ans, nous développons nos ventes à l’international avec notamment quelques clients en Angleterre, Belgique, Suisse, Italie et Espagne.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait construire un projet similaire.
Créer un projet similaire est impossible à cause de cet héritage culturel familial qui a été essentiel pour moi. Il faut avoir baigné dans ces odeurs, cette ambiance avec les viticulteurs. Mes parents m’aident toujours aujourd’hui. Les investissements financiers ne sont pas négligeables : ne serait-ce que pour distiller, il faut engager 200 000 € (alambic, matériel de cuverie, local). Ce projet a pu voir le jour car pour moi, la gastronomie est une philosophie de vie.
Il faut avant tout bien analyser le potentiel du marché et cibler des hôtels et des restaurants. Il ne faut pas rester seul mais se regrouper avec d’autres personnes compétentes dans divers domaines (marketing par exemple) pour promouvoir et diversifier sa gamme de produits de qualité. Avoir une grande polyvalence (œnologue, fiscaliste, commercial, maraîcher) et surtout savoir rester « typique avec ses produits ». Il faut savoir « coller au terroir » et ne faire que des produits qui s’adaptent à notre climat, à notre culture. Il est essentiel de savoir vendre tout aussi bien aux grands professionnels (sommelier...) qu’aux petits clients du marché local.