Pour conserver la ferme des grands parents malgré des surfaces difficiles d’accès et non mécanisables, Claudette fabrique une gamme très large de confitures à partir de fruits produits sur l’exploitation (arbres fruitiers, petits fruits, légumes) ou cueillis (châtaignes, fleurs et fruits sauvages). Les traditions locales sont une source d’idées et de recettes originales. Les confitures sont vendues sur les marchés locaux en été, à la ferme, et à l’occasion de goûters à la ferme.

Pourquoi et comment avez vous mis en place ce projet ?
La ferme familiale dominant l’étroite vallée des Raspes, lieu d’intense culture viticole et fruitière au début du XXe siècle, était depuis longtemps abandonnée. Pour moi, il était vital de revenir à mes racines sur les traces de mon grand-père Edouard.
En 1999, j’ai quitté mon métier de professeur, j’ai réalisé une formation spécialisée sur la transformation en confitures et je me suis installée avec le statut de cotisant de solidarité. Je pouvais m’appuyer sur l’historique de l’exploitation : des bâtiments, 14 ha de vieux fruitiers sur des terrains escarpés, embroussaillés et dispersés sur la commune. Les parcelles n’étaient pas mécanisables, ni accessibles, ni compatibles avec l’agriculture actuelle. Une bonne dose d’inconscience accompagnée du salaire extérieur de mon ex-compagnon m’ont permis de me lancer sans trop calculer les suites.
En 2003, ma séparation m’oblige à trouver des revenus complémentaires. Jusque là je vendais principalement sur place, suite à des goûters à la ferme. Je me suis alors lancée dans les marchés et, de fait, dans la course au temps... L’essentiel de la production, de la récolte, de la transformation et de la vente s’effectue en deux à trois mois, l’été. Pour remédier à ces pointes de travail, j’envisage de développer des productions décalées dans le temps.
Comment se situe votre exploitation sur le marché, dans votre territoire ?
Nous n’avons que très peu de poids sur ce territoire, c’est grâce aux touristes que nous vivons. Nous réalisons notre chiffre d’affaires principalement en été. Le tissu économique dans notre pays est inexistant. Nous avons souffert d’un manque de démarche participative par rapport au local. Il nous a fallu sept ans pour être reconnu par la commune. Nous avons eu accès à peu d’aides. Et, pourtant quand on parle de territoire nous en sommes le cœur, la vie et l’entretien. Aujourd’hui, je pense que nous dégageons 1,5 SMIC à deux, il ne faut pas comparer à nos anciens salaires. La notion de plaisir est le moteur de cette activité. Actuellement, on est bon sur les marchés. Pour le reste, il faut rechercher des points de vente, et là...il y a des progrès à faire ! Cette année nous avons été vendre à Bercy. Nous avons eu des frais de transport qu’il serait possible de diminuer en fédérant, en échangeant, voilà un rôle important que la Chambre d’Agriculture devrait jouer.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait construire un projet similaire.
Avant toute démarche économique, il faut y croire, être passionné, inconscient... et avoir une foi inébranlable en son projet. Ensuite, il faut faire vraiment tous les stages et participer à tous les échanges proposés afin d’obtenir le recul nécessaire. Troisièmement, il faut rechercher les aides financières, nécessaires au bon démarrage du projet. En ce qui concerne la production, nous offrons une gamme de 56 parfums très variés, il faut savoir tirer profit de cette diversité. Cette gamme importante permet aussi d’avoir des productions et fabrications décalées. Le savoir faire permet d’orienter les ventes, ce qu’on fait goûter, on le vend ! Et si nous avons certaines ruptures de produits, cela peut se valoriser auprès des clients. Je souhaite que nous soyons nombreux sur ce type d’expérience, le territoire et son entretien s’en porteront mieux.