Les principes
La connaissance des effets de l’azote et de la défoliation sur l’herbe disponible et sa qualité permet de définir deux types de conduite contrastées ; la réalité étant souvent intermédiaire. Le décalage dans le temps entre les flux de croissance et de prélèvement de l’herbe en fauche ou en pâturage, détermine le type de conduite des prairies.
La gestion en flux tendus (quasi-synchronisme entre production et utilisation) permet de maximiser les quantités consommées en minimisant les pertes par sénescence et d’offrir une herbe de bonne qualité (gaine courte).
Dans le cas du pâturage tournant, ce mode de gestion se traduit par un faible stock d’herbe disponible par vache à l’échelle de la sole fourragère. C’est dans ce cas que les apports d’azote seront le mieux valorisés.
La gestion en flux décalés correspond à des temps de repousse longs et/ou à des utilisa-tions partielles en pâturage tournant qui laissent une quantité de biomasse non récoltée plus élevée qu’en flux tendus. Elle se traduit par un taux d’utilisation de la biomasse produite plus faible que dans le mode de conduite précédent (perte par sénescence), ainsi qu’une dimi-nution de la valeur nutritive de l’herbe disponible du fait de la structure du couvert (hauteur de gaine plus élevée). Les effets défavorables de ce mode de conduite sont d’autant plus marqués que le rythme d’exploitation est lent ou que l’utilisation de l’herbe est partielle.
Illustration des conséquences sur le taux d’utilisation de l’herbe
Le taux d’utilisation de l’herbe est le rapport de la quantité prélevée sur la quantité disponible.
Comparons deux pratiques de pâturage, l’une laissant 1T de M.S. et l’autre laissant 2 T en sortie de pâturage Le taux de sénescence est le même dans les deux cas, par exemple 50% de la quantité résiduelle. Pour une croissance de 3T on dispose de 3T + 1T/2= 3,5T dans un cas et de 3T + 2T/2 = 4 T dans l’autre. On utilisera 3,5T-1T = 2,5 T dans le premier cas soit 2,5/3,5=71% de taux d’utilisation et 4T-2T=2T soit 50% de taux d’utilisation dans le second cas.
Supposons que dans l’exemple précédent l’azote ne soit pas limitant. (IN =100%) Pour une situation où la nutrition azotée est limitée à 66% (IN=66), la croissance ne sera que 3*0,66 = 2T. Les taux d’utilisation de l’herbe, en gardant le même raisonnement que précédemment seront réduits :
restant : 1T, croissance 2T, disponible 2T + 1T/2 = 2,5T, utilisé 1,5T, taux d’utilisation 60%
restant : 2T, croissance 2T, disponible 2T + 2T/2 = 3T, utilisé 1T, taux d’utilisation 33%
Dans la pratique, ces modes de conduite peuvent être combinés, tant au niveau de la parcelle au cours de l’année qu’au niveau de la sole pâturée.
Un mode de conduite se traduit par :
une place du pâturage dans le calendrier alimentaire : pour obtenir un maximum de pâturage dans l’alimentation des animaux, l’utilisation de reports sur pied juste avant les périodes de diminution de la vitesse de croissance de l’herbe (début d’été, fin d’automne) est nécessaire.
L’avancement des dates de mise à l’herbe permet également d’augmenter l’importance du pâturage tout en réduisant la contribution des stocks hivernaux dans l’alimentation des animaux. Des références du Groupe Régional « Fourrages » Midi-Pyrénées montrent que souvent l’avancement de la date de mise à l’herbe conduit à une meilleure maîtrise du pâturage de printemps (maîtrise de l’explosion d’herbe au printemps).
un type de sécurité : en flux décalés, la sécurité est assurée par le maintien d’un stock d’herbe d’avance par animal suffisamment élevé pour ne pas changer de conduite de pâturage en cas de fortes variations climatiques. La sécurité peut être obtenue dans la gestion de pâturage en flux tendus par d’autres ressources (essentiellement stocks de fourrages en Midi-Pyrénées) pour s’adapter aux variations de croissance de l’herbe.
un mode d’organisation du travail : une gestion en flux décalés permettent de réduire les tâches de planification et le nombre d’interventions.
Outil pour le diagnostic et le contrôle de l’utilisation de l’herbe : les volumes d’herbe d’avance
Le développement qui suit est le résultat de références construites en Midi Pyrénées.
On peut définir des volumes d’herbe par équivalent-vache pâturant (EV) différents selon l’objectif recherché.
On peut traduire les quantités disponibles par une hauteur moyenne d’herbe sur la sole pâturée. Pour cela, on effectue 50 mesures réparties aléatoirement sur la parcelle à l’aide d’une règle graduée (stick). Chaque mesure est faite en posant la règle verticalement et en repérant le point le plus haut du couvert auquel on retranche 5 cm. Pour les valeurs inférieures à 5 cm, on retient 0. Cette hauteur moyenne est multipliée par la surface pâturée et divisée par le nombre d’équivalent vache défini en tenant compte de l’alimentation distribuée (diminution du nombre d’animaux de 1/3 si 1/3 du rationnement est donné à l’auge).
Les références données correspondent à cette définition des mesures. Il existe d’autres méthodes qui font appel à d’autres référentiels (herbomètre) :
Une gestion à flux tendus correspond à des volumes d’herbe disponible inférieur à 200 M3 .par EV. Cela correspond à des hauteurs d’herbe résiduelle en sortie de parcelle égales au maximum à 8 cm.
Une gestion en flux décalés pour accroître la souplesse suppose une entrée des animaux à des hauteurs d’herbe déjà hautes. Ceci est obtenu par un chargement plus faible, une mise à l’herbe plus tardive ou l’utilisation préalable d’autres parcelles, comme le déprimage de prairies destinées à la récolte de stocks. Un ordre de grandeur des volumes d’herbe est de 400 M3 par EV. Cela correspond à des hauteurs d’herbe résiduelle supérieures à 12 cm et des intervalles entre deux utilisations plus longs. Un tel stock d’herbe supérieur permet de s’affranchir de distribution en cas de réduction momentanée de la croissance de l’herbe.
Des valeurs supérieures à 400 M3 n’ont de sens que si elles sont momentanées (report de stock sur pied) Des valeurs très élevées tout au long de la saison de pâturage sont le symptôme de difficultés de maîtrise. Les mesures faites en Midi-Pyrénées montrent que des valeurs de 600 M3 sont fréquentes. Dans ces situations, il existe donc des marges de progrès importantes qui permettent de réduire la surface allouée ou l’apport d’azote tout en améliorant les performances sans pour autant perdre en sécurité et souplesse.
Pour le constat, les mesures peuvent être faites à n’importe quel moment de la saison. Pour le pilotage des surfaces, il faut faire les mesures assez tôt (le plus souvent avant le 15 avril) pour que la réaffectation des parcelles entre fauche et pâture soit encore possible.
Conclusion
Les travaux menés depuis quelques années en Midi-Pyrénées montrent que ces outils de diagnostic sont efficaces. Pour raisonner la production fourragère, il est important de prendre en compte l’utilisation et pas seulement la production. Le constat des volumes élevés fréquemment observés traduit l’importance des marges de progrès existantes.
Les référentiels en matière de volume ont une valeur générale, quel que soient le climat et la fertilisation.
Pour obtenir un volume souhaité, on adoptera la surface offerte, le chargement, compte tenu de la croissance et de l’azote.
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